Note

Note médicale : Cet article est informatif, non un conseil de traitement personnalisé ni un guide de doses. Mounjaro est un médicament sur prescription : ne le commencez pas et ne modifiez pas votre traitement sans avis médical. Les signes d’alerte ci-dessous nécessitent une prise en charge rapide.

Mounjaro et ménopause : peut-il aider à perdre du poids ?

Poids, tour de taille, graisse viscérale et force musculaire : comprendre ce que le tirzépatide peut apporter, à qui, et avec quelles limites.

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La prise de poids autour de la ménopause est une préoccupation fréquente. Pourtant, parler simplement de « kilos de la ménopause » est réducteur. La ménopause ne provoque pas nécessairement une forte prise de poids à elle seule : vieillissement, diminution progressive de la masse musculaire, dépense énergétique parfois plus faible, sommeil, activité physique et modifications hormonales se combinent.

La diminution des œstrogènes contribue notamment à une redistribution des graisses vers l’abdomen. Dans la cohorte SWAN, la transition ménopausique s’accompagnait d’une accélération du gain de graisse et de la perte de masse maigre, sans accélération parallèle du poids total. Le chiffre de la balance ne raconte donc pas toute l’histoire[1].

À retenir : oui, le tirzépatide peut aider certaines femmes après la ménopause lorsqu’une indication médicale de gestion du poids est présente. Mais la ménopause seule n’est pas une indication, les résultats des essais ne sont pas une promesse individuelle, et un IMC normal avec quelques kilos esthétiques ne correspond pas à cette indication. Préserver la nutrition, la force et la santé compte autant que perdre du poids.

Qu’est-ce que Mounjaro ?

Mounjaro contient du tirzépatide, administré par injection sous-cutanée une fois par semaine. Il agit sur deux récepteurs, ceux du GIP et du GLP-1. Cette double action augmente la satiété, diminue l’appétit et les apports alimentaires, ralentit la vidange de l’estomac et améliore la régulation de la glycémie, notamment par ses effets sur l’insuline[2].

C’est un traitement métabolique, pas un traitement hormonal de la ménopause. La prescription, les ajustements et la surveillance relèvent du professionnel de santé ; les doses mentionnées dans les résultats de recherche ci-dessous décrivent un essai, pas une recommandation pour vous.

Pour qui est-il autorisé ?

Dans l’Union européenne : Mounjaro est autorisé pour la gestion du poids, perte et maintien, avec une alimentation hypocalorique et une activité physique accrue, chez l’adulte ayant un IMC initial ≥30 kg/m², ou un IMC ≥27 et <30 kg/m² avec au moins une comorbidité liée au poids. Cela peut être une hypertension, une dyslipidémie, une apnée obstructive du sommeil, une maladie cardiovasculaire, un prédiabète ou un diabète de type 2. Une évaluation individuelle reste indispensable : satisfaire un seuil ne rend pas la prescription automatique[2].

Aux États-Unis : les marques n’ont pas les mêmes indications. Mounjaro est indiqué pour le diabète de type 2, chez les adultes et les enfants à partir de 10 ans ; son label actuel inclut aussi la réduction des événements cardiovasculaires majeurs chez certains adultes diabétiques à haut risque. C’est Zepbound, contenant la même substance, qui porte l’indication de réduction et maintien du poids, ainsi que celle de l’apnée obstructive modérée à sévère chez l’adulte avec obésité. Ne transposez pas une autorisation d’un pays ou d’une marque à l’autre[3][4].

Une efficacité réelle, des chiffres à contextualiser

Une analyse exploratoire post hoc des essais randomisés SURMOUNT-1, -3 et -4 a étudié la réponse selon le stade reproductif. Ce n’est pas un nouvel essai conçu spécifiquement pour la ménopause, ni une simple étude observationnelle[5].

Dans le sous-groupe postménopausé de SURMOUNT-1, sans diabète, l’abstract rapporte une perte moyenne de poids d’environ 23 % sous tirzépatide contre 3 % sous placebo à 72 semaines. Ce chiffre concerne le bras 15 mg une fois par semaine après titration, pas toutes les doses ni toutes les femmes ménopausées. Le tour de taille a diminué en moyenne d’environ 20 cm contre 4 cm. Les participantes avaient une obésité ou un surpoids avec comorbidité ; l’IMC moyen du sous-groupe postménopausé était de 37,0 et son âge moyen de 58,4 ans[5].

SURMOUNT-1 comptait 581 femmes classées postménopausées tous bras confondus, dont 152 dans le bras 15 mg et 140 sous placebo. Le statut reproductif était reconstruit surtout à partir de l’âge, complété par les antécédents et parfois la FSH : des erreurs de classement restent possibles. L’analyse d’efficacité excluait les données hors traitement ; elle ne reflète donc pas simplement ce qu’obtiendraient toutes les personnes, arrêts compris. L’étude était financée par Lilly.

L’efficacité était observée avant, pendant et après la ménopause, sans influence cohérente cliniquement importante du stade reproductif. Cela ne prouve pas l’équivalence des réponses entre stades. SURMOUNT-3 et -4 apportent des résultats concordants, mais avec des protocoles différents : intervention intensive sur le mode de vie avant -3 ; phase initiale de tirzépatide puis poursuite ou retrait dans -4. Leurs résultats ne doivent pas être regroupés avec le chiffre de 23 %.

La ménopause ne semble donc pas empêcher une réponse au tirzépatide dans les populations étudiées. Cela ne permet ni de prévoir votre perte de poids ni d’extrapoler à une personne de poids normal souhaitant perdre quelques kilos.

Quels bénéfices potentiels ?

Une perte de poids importante : le tirzépatide fait partie des médicaments pouvant produire une perte de poids substantielle chez des personnes ayant une obésité. Son intérêt ne se limite toutefois pas à la balance, et l’ampleur de la réponse comme la tolérance varient[5].

Moins de graisse abdominale et viscérale : dans une sous-étude DXA de SURMOUNT-1, la graisse viscérale estimée a diminué de 40,1 % sous tirzépatide contre 7,3 % sous placebo à 72 semaines. Elle était estimée par un algorithme DXA, non mesurée directement par scanner ou IRM. Ce petit échantillon n’était pas spécifique à la ménopause. La graisse viscérale en excès est associée aux risques métaboliques et cardiovasculaires : il ne s’agit pas seulement d’une question de silhouette[6].

Certains paramètres métaboliques : la glycémie, la sensibilité à l’insuline, la pression artérielle et certains paramètres lipidiques peuvent s’améliorer chez les personnes concernées. Ces effets sont intéressants lorsque la graisse abdominale s’accompagne d’une dégradation du bilan métabolique, mais ne sont pas des bénéfices spécifiquement ménopausiques ni la garantie de prévenir une maladie chez chacune[2][5].

Des maladies associées à l’obésité : les essais SURMOUNT-OSA ont montré une amélioration de l’apnée obstructive du sommeil modérée à sévère à 52 semaines chez des adultes avec obésité, avec ou sans traitement par pression positive. Ces résultats ne sont pas spécifiques aux femmes ménopausées et ne justifient pas d’arrêter soi-même sa PPC ou un autre traitement de l’apnée[8].

Il ne remplace pas les hormones de la ménopause

Le tirzépatide ne remplace pas les œstrogènes et ne restaure pas le fonctionnement ovarien. Ce n’est pas un traitement destiné à agir directement sur les bouffées de chaleur, la sécheresse vaginale ou les autres symptômes liés à la diminution des hormones sexuelles. Son action concerne essentiellement l’appétit, la satiété, le métabolisme et le poids[2].

Une amélioration du sommeil ou du bien-être liée à une meilleure santé globale est possible chez certaines personnes ; ce n’est pas une preuve que le médicament traite les symptômes de ménopause. Ceux-ci méritent leur propre évaluation et une discussion sur les options adaptées.

Quels effets indésirables ?

Les effets indésirables fréquents sont surtout digestifs, notamment au début et lors des augmentations de dose : nausées, diarrhées, constipation, vomissements, douleurs abdominales, ballonnements, reflux, éructations et diminution de l’appétit. Ils sont souvent légers à modérés et peuvent s’atténuer avec le temps, mais ils ne sont pas toujours bénins[2].

Des vomissements ou diarrhées importants peuvent provoquer une déshydratation et une atteinte rénale aiguë. Une baisse excessive des apports, notamment chez une personne ayant déjà peu d’appétit, peut devenir problématique. Signalez les symptômes persistants, les difficultés à boire ou manger et une perte de force ; ne cherchez pas à « supporter à tout prix » ou à ajuster seule les doses.

Les maladies digestives sévères, dont la gastroparésie sévère, nécessitent une attention particulière : elles n’ont pas été étudiées et l’EMA recommande la prudence. Aux États-Unis, le label indique que le traitement n’est pas recommandé en cas de gastroparésie sévère. Ces formulations ne sont pas une contre-indication absolue identique dans tous les pays[2][3].

Moins fréquents, mais plus sérieux

Des pancréatites aiguës, problèmes de vésicule biliaire et réactions allergiques graves ont été rapportés. Une suspicion de pancréatite impose l’arrêt du tirzépatide et une évaluation urgente ; si elle est confirmée, le traitement ne doit pas être repris selon l’EMA. Un antécédent de pancréatite doit être signalé. L’hypoglycémie concerne surtout l’association avec l’insuline ou les sulfamides hypoglycémiants[2].

Signalez le médicament avant toute anesthésie ou sédation : la vidange gastrique retardée peut augmenter le risque d’aspiration du contenu gastrique. L’équipe détermine les précautions adaptées ; n’improvisez pas un arrêt ou une reprise.

Avertissement américain sur la thyroïde : les labels américains comportent un avertissement encadré concernant des tumeurs des cellules C observées chez le rat, dont la pertinence chez l’humain est inconnue. Ils contre-indiquent le traitement en cas d’antécédent personnel ou familial de carcinome médullaire thyroïdien ou de néoplasie endocrinienne multiple de type 2 (MEN2). Ce n’est pas la démonstration d’un cancer thyroïdien humain causé par le médicament. Cette liste américaine ne doit pas être transposée automatiquement à l’UE, où la contre-indication du RCP est l’hypersensibilité au produit[2][3][4].

La prescription doit donc être précédée d’une évaluation des antécédents, des autres médicaments, de la nutrition et du rapport bénéfices/risques, puis accompagnée d’un suivi.

Quand demander une aide rapide

  • Douleur abdominale intense et persistante, pouvant irradier dans le dos, avec ou sans vomissements : demandez une évaluation urgente pour une possible pancréatite ; en cas de suspicion, le traitement doit être arrêté.
  • Difficulté à respirer, gonflement du visage, des lèvres, de la langue ou de la gorge, malaise : appelez immédiatement les urgences pour une possible réaction allergique grave (15/112 en France, services locaux ailleurs).
  • Vomissements ou diarrhées persistants, impossibilité de garder des liquides, urines très réduites ou étourdissements importants : demandez rapidement un avis médical ; une déshydratation ou une atteinte rénale peut nécessiter des soins. Une douleur abdominale avec fièvre ou jaunisse mérite également une évaluation rapide[2].

Grossesse et contraception : ne pas oublier

Une grossesse reste possible pendant la périménopause. Le tirzépatide n’est pas recommandé pendant la grossesse ; contactez le prescripteur en cas de grossesse ou de projet. Selon l’EMA, il doit être arrêté en cas de grossesse et au moins un mois avant une grossesse planifiée. Une contraception est recommandée pendant le traitement[2].

Les recommandations sur la pilule diffèrent : le RCP européen considère la baisse d’exposition aux contraceptifs oraux observée après une dose unique comme non cliniquement pertinente et ne demande pas d’ajustement. Les labels américains de Mounjaro et Zepbound recommandent une méthode non orale ou l’ajout d’une méthode barrière pendant quatre semaines après le début et quatre semaines après chaque augmentation de dose. Cette consigne américaine n’est pas le texte actuel du RCP européen. Faites vérifier la recommandation applicable à votre situation et à votre pays ; en cas de vomissements ou diarrhées, suivez aussi les instructions propres à votre contraceptif[2][3][4].

Masse maigre ne veut pas dire muscle

Lorsqu’une personne perd beaucoup de poids, elle ne perd pas uniquement de la graisse. Dans la sous-étude DXA de SURMOUNT-1, 160 participants avaient des mesures initiales et finales : 124 sous tirzépatide, doses regroupées, et 36 sous placebo. L’échantillon comptait 73 % de femmes, mais n’était pas spécifique à la ménopause[6].

À 72 semaines, la masse grasse avait diminué de 33,9 % et la masse maigre de 10,9 % sous tirzépatide, contre 8,2 % et 2,6 % sous placebo. Ces pourcentages portent chacun sur leur masse initiale respective : ils ne s’additionnent pas. Environ 75 % du poids perdu correspondait à de la graisse et 25 % à de la masse maigre, en moyenne, et non chez chaque personne.

La masse maigre mesurée par DXA inclut l’eau, les organes et d’autres tissus maigres : elle n’est pas une mesure directe de la masse ou de la force musculaire. Ces résultats ne signifient pas que Mounjaro « détruit les muscles », ni que 25 % du poids perdu était du muscle. Une correction de la publication concerne les unités d’une figure, à lire en kg et non en %, sans modifier ces chiffres d’abstract[7].

La préservation de la force et des muscles reste particulièrement importante avec l’âge. Une alimentation suffisante, des protéines adaptées à vos besoins et à votre santé, une activité régulière et un renforcement musculaire progressif adapté à vos capacités sont des pistes à discuter avec le professionnel ou un diététicien. Cette sous-étude ne démontre pas qu’elles empêchent toute perte de masse maigre. Il n’y a pas de cible universelle de protéines ou de programme rigide à suivre sur la seule base de cet article.

Une silhouette qui change n’est pas toujours une indication

Une femme peut avoir un poids normal et constater après la ménopause que son ventre est plus rond ou sa taille moins marquée. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle ait un problème de poids justifiant un médicament.

Les essais montrant des pertes importantes concernent des populations répondant à des critères médicaux précis. L’amaigrissement esthétique à IMC normal n’est pas une indication de gestion du poids dans l’UE, et nous ne disposons pas des mêmes preuves de bénéfice et de sécurité pour perdre simplement deux, trois ou quatre kilos. Une forte baisse d’appétit peut alors favoriser des apports insuffisants et compromettre la préservation des tissus maigres et de la force[2][5][6].

Le poids et la composition corporelle ne sont pas la même chose. À poids presque stable, on peut avoir davantage de graisse abdominale, moins de muscle et une répartition différente des graisses. Faire descendre la balance n’est donc pas toujours la meilleure stratégie.

Selon votre situation, il peut être plus pertinent de suivre le tour de taille, la force et les capacités physiques, ainsi que le bilan métabolique, plutôt que de chercher un chiffre idéal. Une mesure de composition corporelle peut parfois aider si elle est interprétée correctement, mais n’est pas obligatoire pour toutes. Alimentation, protéines adaptées, renforcement, activité physique et sommeil peuvent soutenir une santé durable sans objectif de perte de poids systématique[1].

La bonne question n’est pas toujours « perdre plus »

Mounjaro peut être efficace chez certaines femmes ménopausées ayant une obésité ou un surpoids avec comorbidité répondant aux indications. Les données montrent des diminutions importantes du poids, du tour de taille et de la graisse, ainsi que des améliorations métaboliques dans les populations étudiées. Elles ne garantissent ni la même réponse chez chacune ni un bénéfice pour l’amaigrissement esthétique à poids normal.

Ce n’est pas un traitement hormonal de la ménopause. Les effets digestifs, les risques plus sérieux et la perte possible de masse maigre méritent une attention réelle. L’utilisation se discute au cas par cas avec un professionnel, selon le poids de départ, l’IMC, le tour de taille, la nutrition, la force, les maladies associées et le rapport bénéfices/risques.

Après la ménopause, la question n’est pas toujours « Comment perdre davantage de poids ? », mais parfois « Comment diminuer ma graisse abdominale tout en préservant ou en améliorant ma force et ma masse musculaire ? » Ces objectifs ne nécessitent pas forcément la même stratégie.

Sources et limites

Sélection narrative de sources primaires et de documents réglementaires vérifiés le 30 septembre 2026, non une revue systématique originale ni un avis personnalisé. Les analyses post hoc et les petits sous-échantillons ont des limites ; les indications et précautions peuvent évoluer et diffèrent selon le pays.

  1. [1]Greendale GA et al. Changes in body composition and weight during the menopause transition. JCI Insight. 2019. DOI: 10.1172/jci.insight.124865. PMID 30843880. Texte intégral.
  2. [2]Agence européenne des médicaments (EMA). Mounjaro : indications, mécanisme et sécurité. EPAR ; RCP (anglais), sections 4.1, 4.3–4.6 et 5.1.
  3. [3]Eli Lilly. Mounjaro : information de prescription américaine (révision août 2026).
  4. [4]Eli Lilly. Zepbound : information de prescription américaine (révision août 2026).
  5. [5]Tchang BG et al. Body weight reduction in women treated with tirzepatide by reproductive stage: a post hoc analysis from the SURMOUNT program. Obesity. 2025;33:851–860. DOI: 10.1002/oby.24254. PMID 40074721. Texte intégral.
  6. [6]Look M et al. Body composition changes during weight reduction with tirzepatide in the SURMOUNT-1 study of adults with obesity or overweight. Diabetes Obes Metab. 2025;27:2720–2729. DOI: 10.1111/dom.16275. PMID 39996356. Texte intégral.
  7. [7]Correction de Look et al. : unités des axes de la figure 4. 2025. DOI: 10.1111/dom.70050. PMID 40832789.
  8. [8]Malhotra A et al. Tirzepatide for the Treatment of Obstructive Sleep Apnea and Obesity. N Engl J Med. 2024. DOI: 10.1056/NEJMoa2404881. PMID 38912654.